Les sous-titres affichent les dialogues pour les spectateurs qui entendent le son mais ne comprennent pas la langue. Les sous-titres pour sourds et malentendants (SME) ajoutent tout ce qui passe par l'oreille : les bruits, la musique et le nom de la personne qui parle quand on ne la voit pas. En anglais, on parle de closed captions ou de SDH ; Netflix et Apple disent aussi « sous-titres codés ». Nous le montrons sur deux fichiers à nous, puis expliquons les règles de la télévision française et de Netflix, notre test des lecteurs de Chrome et d'Edge, et la loi.

Sous-titres, SME, sous-titres codés : de quoi parle-t-on ?

  • Sous-titres : le texte des dialogues, rien d'autre. Le plus souvent une traduction, pour un public qui entend la bande-son mais ne comprend pas la langue. Ils peuvent être raccourcis pour rester lisibles.
  • Sous-titres pour sourds et malentendants (SME) : les dialogues, plus les informations sonores utiles à la compréhension : bruits, musique, chansons, manière de parler, personnage hors champ. Ils s'adressent aux personnes sourdes, malentendantes ou devenues sourdes.
  • Closed captions (CC) et SDH : les termes anglais. Aux États-Unis et au Canada anglophone, les captions correspondent à nos SME ; SDH (subtitles for the deaf and hard of hearing) est le nom qu'emploient les plateformes de streaming.
  • Sous-titres codés : l'équivalent français de closed captions, c'est-à-dire des sous-titres que l'on active ou désactive. Netflix les décrit comme le texte des dialogues plus la description des sons.

La langue ne fait donc pas la différence ; le public, si. Les sous-titres remplacent une langue, les SME remplacent le son. Un film français peut avoir des SME en français, un film américain des sous-titres français et des captions en anglais. Le W3C, l'organisme qui publie les règles d'accessibilité du web, le dit à sa manière : les captions sont nécessaires à l'accessibilité, alors que des sous-titres dans une autre langue n'en relèvent pas directement. Et remplacer les voix au lieu d'ajouter du texte, c'est le doublage.

Chaque service emploie ses propres mots pour la même chose :

Les noms de la version pour sourds et malentendants, relevés le 17 octobre 2026
OùVersion pour sourds et malentendantsSous-titres simples
Netflix, aide en français (France)sous-titrage pour sourds et malentendants, badge SME ; « sous-titres codés »sous-titres
Netflix, aide en français (Canada)sous-titres codés, badge STCsous-titres
iPhone, Réglagesoption « Sous-titres codés et SM »sous-titres
Arcom, foire aux questions« sous-titres malentendants »sous-titres
Directive européenne sur l'accessibilitésous-titrage pour les personnes sourdes ou malentendantes—
HTML, attribut kindcaptionssubtitles

La même scène en deux fichiers

Nous avons écrit une courte scène et l'avons sous-titrée deux fois. Un téléphone sonne. Anna, à l'image, a les mains prises et demande à Ben de répondre. Ben répond depuis une autre pièce, puis la radio joue un air de piano.

Deux fichiers SRT de la même scène : scene-sous-titres.srt avec les deux répliques seulement, et scene-sme.srt avec en plus la sonnerie de téléphone, le nom de Ben entre crochets et le piano à la radio, surlignés en orange
Nos fichiers d'exemple, en haut les sous-titres, en bas les SME. Polytested, 17 octobre 2026.

Ce que la version SME ajoute :

  • Le bruit qui lance la scène. Sans « [sonnerie de téléphone] », la question d'Anna arrive de nulle part.
  • Le personnage hors champ. On ne voit pas Ben, donc « [Ben] » indique qui parle. Quand la personne est à l'image, le nom est inutile.
  • La musique. La fin de la scène n'a pas de dialogue. Sans ligne SME, il ne s'y passe rien pour qui n'entend pas.

Les deux fichiers ont le même format SRT ; seul le contenu change. Pour quelqu'un qui entend, la version SME serait chargée ; pour quelqu'un qui n'entend pas, la version simple perd la moitié de la scène. Nos lignes restent courtes : 29 caractères au plus et moins de douze caractères par seconde, sous les limites du guide de Netflix pour le français (42 caractères par ligne, 17 caractères par seconde pour les sous-titres et jusqu'à 20 pour les SME, programmes pour adultes).

Les règles de la télévision française : la charte de 2011

À la télévision, la référence est la « Charte relative à la qualité du sous-titrage à destination des personnes sourdes ou malentendantes ». Élaborée par le Conseil supérieur de l'audiovisuel, aujourd'hui l'Arcom, avec des associations, des laboratoires de sous-titrage et les chaînes, elle a été signée le 12 décembre 2011. Elle compte seize critères. Les principaux :

  • Lignes : deux au plus pour un programme enregistré, trois en direct, sans cacher les textes incrustés ni les lèvres des personnes qui parlent, utiles à la lecture labiale.
  • Lisibilité : de préférence sur un bandeau noir translucide, avec des lettres cernées de noir.
  • Temps de lecture : 12 caractères pour une seconde, 20 pour deux, 36 pour trois, 60 pour quatre, avec une tolérance de 20 pour cent.
  • Changement de personne : toujours un tiret.
  • Position : au plus près de la source du son.
  • Couleurs : blanc pour une personne visible à l'écran, jaune hors champ, rouge pour les indications sonores, magenta pour la musique et les paroles de chansons, cyan pour les pensées, le narrateur d'une fiction ou le commentaire d'un documentaire, vert pour une langue étrangère.
  • Bruits : seulement ceux que l'image ne montre pas. Inutile d'écrire « explosion » si l'explosion se voit.
  • Chansons : transcrites, avec par défaut le nom de l'interprète et le titre.
  • Parenthèses pour les chuchotements et les apartés, majuscules seulement quand plusieurs personnes parlent en même temps.
  • Direct : le nom de l'intervenant au début de sa prise de parole, et un décalage ramené sous dix secondes.

Les couleurs françaises ne désignent donc pas un personnage, mais une situation : la même personne passe du blanc au jaune quand elle sort du champ. Les chaînes publiques germanophones, elles, se servent des couleurs pour distinguer les personnages.

La charte est un texte de droit souple. Selon l'Arcom, elle n'oblige pas les signataires en elle-même, mais la plupart des chaînes de la TNT y font référence dans leur convention, ce qui lui donne une valeur conventionnelle. L'Arcom précise aussi que la présentation varie d'une chaîne à l'autre : couleurs, placement et vitesse peuvent différer, parfois selon la société qui sous-titre.

Voici notre scène dans ce style, en WebVTT, le format des lecteurs web, qui sait porter des couleurs :

scene-sme.vtt
WEBVTT

STYLE
::cue(.jaune) { color: yellow; }
::cue(.rouge) { color: red; }
::cue(.magenta) { color: magenta; }

00:00:00.500 --> 00:00:03.000
<c.rouge>Sonnerie de téléphone</c>

00:00:03.200 --> 00:00:06.700
Tu peux répondre ?
J’ai les mains prises.

00:00:06.900 --> 00:00:09.700
<c.jaune>C’est sûrement ta mère.</c>

00:00:09.900 --> 00:00:12.300
<c.magenta>Piano doux à la radio</c>

Anna est à l'image : son texte reste blanc. Ben est hors champ : jaune, et sans nom, puisque la couleur suffit. Le téléphone est en rouge, le piano en magenta. Chaque sous-titre respecte les temps de lecture de la charte ; la réplique d'Anna, 40 caractères, reste trois secondes et demie à l'écran.

Dans notre test du 15 octobre 2026, Chrome 155 et Edge 155 n'ont coloré le texte d'un fichier WebVTT qu'avec un bloc STYLE qui définit les couleurs, même pour les noms de couleur prévus par la spécification WebVTT comme yellow ; sans ce bloc, tout restait blanc. Un fichier SRT n'a pas de couleurs fiables : la balise <font color> n'est comprise que par certains lecteurs, et YouTube l'ignore. Notre guide du fichier VTT détaille le format.

Le style des plateformes : crochets et minuscules

Netflix publie pour ses prestataires un guide du sous-titrage en français de France, avec une partie consacrée aux SME, revue pour la dernière fois en octobre 2025. Notre fichier SRT suit ses règles :

  • Crochets pour les bruits et les noms, en minuscules sauf les noms propres : « [Ben] », « [sonnerie de téléphone] ».
  • Un nom seulement si l'on ne voit pas qui parle. Pour quelqu'un dont le nom n'est pas encore connu : « [homme] », « [femme] », numérotés s'il y en a plusieurs.
  • Verbe ou nom : un son produit par un personnage s'écrit avec un verbe au présent, un son de la scène avec un nom. Un personnage « tousse » ; dans la scène, on entend une « sonnerie ».
  • Musique : décrite par son genre et son ambiance plutôt que par son titre ; les paroles entre deux notes ♪.
  • Vitesse : jusqu'à 20 caractères par seconde pour les programmes pour adultes, contre 17 pour les sous-titres ordinaires.
  • Fidélité : garder le plus possible du texte et ne condenser que si la vitesse de lecture l'impose.

Une autre règle explique une remarque fréquente : « les sous-titres ne correspondent pas à la VF ». Pour un programme doublé en français, Netflix demande de baser les SME sur le texte du doublage ou sur la piste doublée. Les sous-titres ordinaires, eux, traduisent le dialogue original. Si vous regardez en VF avec les sous-titres français ordinaires, vous lisez donc souvent une autre phrase que celle que vous entendez ; la piste SME colle mieux à la voix.

Depuis avril 2025, Netflix propose aussi, pour ses nouvelles productions originales, des sous-titres dans la langue originale sans indications sonores, en plus des SME. Dans l'interface anglaise, les deux pistes s'appellent « English » et « English (CC) ».

YouTube, enfin, n'a pas de type de piste réservé aux SME : c'est la chaîne qui décide de ce qu'elle met dans ses sous-titres. Son aide en français conseille d'ajouter des indications sonores comme « [applaudissements] » ou « [tonnerre] » quand vous saisissez vos sous-titres.

Ouverts, codés ou incrustés

  • Sous-titres codés (closed captions) : une piste séparée que le spectateur active ou désactive. À la télévision, les SME sont de ce type ; sur la TNT, la charte prévoit leur diffusion selon la norme DVB Subtitling (EN 300 743).
  • Sous-titres ouverts (open captions) : ils font partie de l'image et restent toujours visibles. Le W3C les accepte comme une façon valable de sous-titrer une vidéo.
  • Sous-titres incrustés : le même principe pour une traduction. Impossible de les masquer, de changer de langue ou de corriger un mot sans exporter à nouveau la vidéo.

Pour votre site et pour les plateformes qui acceptent des fichiers, gardez les SME et chaque traduction dans des fichiers séparés, en SRT ou en WebVTT ; notre guide du fichier SRT explique le format. N'incrustez que là où une plateforme ne vous laisse pas le choix.

Comment les lecteurs affichent les pistes : notre test

Sur une page web, l'élément HTML track indique la nature de chaque fichier par l'attribut kind : subtitles pour des sous-titres, captions pour des SME. Le standard HTML décrit les premiers comme adaptés quand le son est disponible mais pas compris, les seconds comme la transcription des dialogues, des effets sonores, des indications musicales et des autres informations audio utiles. Une piste sans kind est traitée comme subtitles.

video-sous-titree.html
<video controls src="scene.mp4">
  <track kind="captions" src="scene-sme.vtt" srclang="fr" label="SME Français">
  <track kind="subtitles" src="scene-en.vtt" srclang="en" label="English">
  <track kind="subtitles" src="scene-es.vtt" srclang="es" label="Español">
</video>

Mais que voit le spectateur ? Le 15 octobre 2026, nous avons ouvert une vidéo de test à nous, avec plusieurs pistes, dans le lecteur intégré de Chrome 155 et d'Edge 155, sous Windows 11 avec l'interface en allemand. Le résultat était presque le même dans les deux navigateurs :

  • Pas de bouton direct. Le menu des sous-titres se trouvait derrière le bouton qui affiche les autres commandes du lecteur.
  • Seul le nom compte. Le menu liste chaque piste par son nom, le label. Que la piste soit captions ou subtitles ne se voit qu'à une petite icône, CC ou sous-titres, et seulement quand deux pistes portent le même nom ou qu'une piste n'en a pas.
  • Sans nom, un code. Une piste sans label apparaissait sous son code de langue, « de » dans notre test.
  • Les noms longs sont coupés. Dans Chrome, les noms de sept caractères restaient entiers, ceux de dix caractères ou plus étaient tronqués : « Deutsch (UT) » devenait « Deutsch (… » dans les deux navigateurs. Pour « UT Deutsch », Chrome gardait le début, « UT Deuts… » ; Edge affichait encore en entier ce nom de dix caractères.

Le nom est donc souvent la seule chose que le spectateur voit de la piste. Mettez la mention distinctive en tête, « SME Français » plutôt que « Français (SME) », ou gardez un nom très court. Les lecteurs maison et les vidéos intégrées depuis YouTube ou Vimeo ont leurs propres menus : testez-les avec vos vrais noms de pistes.

Activer ou désactiver les sous-titres pour sourds et malentendants

  • Netflix : pendant la lecture, touchez ou cliquez l'écran ; à la télévision, appuyez sur la flèche vers le haut ou vers le bas de la télécommande. Choisissez « Audio et sous-titres », puis une langue, ou « Autre » pour toutes les langues. Le badge SME sur la page de détails signale les titres qui en ont ; certaines séries n'en proposent pas pour toutes les saisons, et sans SME, Netflix peut afficher des sous-titres sans sons ni musique. Des sous-titres peuvent aussi apparaître alors qu'ils sont désactivés, quand un dialogue est dans une autre langue que la langue originale.
  • YouTube : cliquez sur l'icône Sous-titres en bas à droite du lecteur, présente seulement si la vidéo a des sous-titres. Taille et style : Paramètres, puis Sous-titres, puis Options. Tous les chemins, y compris sur mobile, sont dans notre guide des sous-titres YouTube.
  • iPhone : Réglages > Accessibilité > Sous-titres et sous-titres codés. L'option « Sous-titres codés et SM » fait préférer les SME quand une app en propose. Le menu « Sous-titres automatiques » règle quand des sous-titres apparaissent d'eux-mêmes, par exemple quand la langue de la vidéo est différente de la vôtre.
  • Replay : depuis décembre 2020, un programme proposé en télévision de rattrapage doit être accessible s'il l'était à l'antenne. Selon l'Arcom, une émission sous-titrée en direct devrait donc garder ses sous-titres malentendants en replay.
  • Box des opérateurs : Free, Orange, Bouygues ou SFR doivent reprendre les sous-titres des chaînes, mais choisissent leur présentation ; l'affichage varie donc d'une box à l'autre. Si les sous-titres manquent, l'Arcom reçoit les signalements par son formulaire de contact, objet « Accessibilité des programmes ».

Ce que dit la loi

Ce qui suit résume les textes ; ce n'est pas un conseil juridique.

  • Chaînes de télévision : la loi du 11 février 2005 sur le handicap a complété la loi du 30 septembre 1986. Selon l'Arcom, toutes les chaînes publiques et les chaînes privées dont l'audience annuelle dépasse 2,5 pour cent de l'audience totale doivent sous-titrer l'intégralité de leurs émissions, sauf exceptions ; les autres chaînes privées ont des obligations fixées dans leur convention avec l'Arcom. Selon la charte de 2011, ces obligations de quantité s'appliquent depuis le 12 février 2010.
  • Services qui donnent accès aux programmes : la directive européenne sur l'accessibilité, applicable depuis le 28 juin 2025, vise les applications, guides de programmes et lecteurs. Ils doivent transmettre en entier le sous-titrage pour les personnes sourdes ou malentendantes, avec une qualité suffisante, synchronisé avec le son et l'image, et laisser l'utilisateur en régler l'affichage. Selon l'Arcom, cette obligation vaut aussi, depuis cette date, pour les distributeurs comme Free, Orange, Bouygues ou SFR. Les microentreprises qui proposent des services sont exemptées : moins de dix personnes et un chiffre d'affaires ou un total de bilan annuel de 2 millions d'euros au plus.
  • Votre site : les règles d'accessibilité du web WCAG 2.2, auxquelles renvoient de nombreuses lois, demandent des sous-titres pour les contenus audio préenregistrés d'une vidéo dès le niveau A, et pour le direct au niveau AA. Des sous-titres qui oublient des dialogues ou des bruits importants ne suffisent pas.
  • Sous-titres automatiques : selon le W3C, ils ne répondent pas aux exigences d'accessibilité tant qu'on n'a pas vérifié qu'ils sont entièrement exacts. Il faut presque toujours les corriger.

Liste de contrôle pour une vidéo en plusieurs langues

  1. Des SME dans la langue de la vidéo, relus par une personne. Les sous-titres automatiques ne sont qu'un brouillon.
  2. Un fichier de sous-titres par langue de traduction, dialogues seuls. Notre guide pour traduire des sous-titres montre les pièges.
  3. Des noms de pistes courts, la mention distinctive en tête : « SME Français », puis « English », « Español ».
  4. Un seul style par fichier : le style télévision avec ses couleurs, ou le style plateforme avec ses crochets.
  5. Lisible : deux lignes au plus, 42 caractères par ligne chez Netflix ; pour la télévision, les temps de lecture de la charte.
  6. Le bon format : SRT pour la plupart des plateformes, WebVTT pour votre propre lecteur et pour les couleurs, avec un bloc STYLE.
  7. Une transcription en plus, pas à la place. Le W3C note qu'une transcription aide aussi les moteurs de recherche, et qu'une transcription descriptive sert les personnes sourdes et aveugles.
  8. Pas seulement des sous-titres incrustés : si vous les incrustez pour les réseaux sociaux, proposez aussi une piste désactivable sur votre site.